Figure majeure de la photographie sud-africaine contemporaine, Jo Ractliffe s’intéresse aux paysages d’« après-conflit », particulièrement en Afrique australe, comme autant de lieux de mémoires marqués jusque dans leurs sols et leurs ruines par la violence de la guerre. Ses photos, majoritairement en noir et blanc, révèlent les traces et absences laissées par l’apartheid, les conflits régionaux et les déplacements de population.
« Mon mode opératoire, en quelque sorte, a consisté à cheminer lentement : j’ai suivi des pistes de terre, pris de mauvais virages, prêté attention à tout ce que je rencontrais. Au cours de l’année passée, mes pérégrinations m’ont ramenée à des lieux familiers et à d’autres dont j’ignorais jusqu’à l’existence. » — Jo Ractliffe, extrait de l’ouvrage.
L’œuvre de Ractliffe se déploie dans cette tension entre visibilité et invisibilité, entre mémoire intime et récit collectif portés par les paysages qui se font espaces domestiques et territoires géopolitiques. Ses photographies – routes, terrains vagues, périphéries urbaines – font émerger autant de lieux où l’histoire affleure sans jamais se livrer complètement. À travers des images sobres et poétiques, l’artiste capture les effets persistants de la violence et des traumatismes historiques : en considérant les silences comme témoins de la violence, elle s’éloigne du documentaire social, et s’intéresse moins à l’événement qu’à son « après-coup », en interrogeant la manière dont les paysages se font archives. Ses projets récents, dont sa dernière série qui sera montrée pour la première fois au Jeu de Paume au printemps 2026, The Garden, prolongent cette réflexion en abordant les formes de dépossession et de résistance inscrites dans le paysage.
Publié à l’occasion de l’exposition rétrospective au Jeu de Paume en 2026, cet ouvrage rassemble l’intégralité de l’œuvre de Jo Ractliffe. Trois essais écrits par Pia Viewing, commissaire de l’exposition, Rory Bester, historien de l’art sud-africain et Oluremi Onabanjo, conservatrice au MoMA de New York, sont complétés par des courts textes écrits par l’artiste, qui offrent une voix intime sur chacun de ses ensembles photographiques.





















