Photo Poche N° S13 : Fazal Sheikh ; Un chameau pour un fils

Artiste militant, Fazal Sheikh a photographié les visages de réfugiés somaliens à la frontière entre la Somalie et le Kenya au début des années 1990, voulant redonner une singularité à ceux que l'actualité n'identifie que comme masse. Ses portraits s'accompagnent du récit circonstancié de l'itinéraire et de l'histoire des personnes qu'il donne à connaître.

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Né à New York en 1965 de parents kenyans, Fazal Sheikh vit en Suisse et porte le nom de son grand-père indien réfugié au Pakistan.
Il a grandi dans le récit des vicissitudes de l’exil et du déplacement incessant. “Pour ma part, visitant la terre de mes pères, me déplaçant dans un espace liant le passé au présent, j’espère mieux comprendre qui ils étaient et, par conséquent, qui je suis…”, nous dit-il, affirmant ainsi son obsédante volonté de connaître et d’éprouver au plus près l’étrange destin qui fait d’un homme ou d’une femme un(e) réfugié(e). Cette question, à laquelle il se consacre sans relâche depuis plus de quinze ans, l’a d’abord conduit au Pakistan auprès des réfugiés victimes des multiples conflits afghans, puis dans les camps du nord du Kenya où se joue l’âpre survie des femmes somaliennes réfugiées et de leurs enfants.
Plus artiste militant que photojournaliste, comme il le précise lui- même, Fazal Sheikh s’applique à redonner un visage, un nom, une singularité à ceux et celles que l’actualité n’identifie que comme masse, groupe ou collectivité sérialisée livrée au chaos du monde. Il n’évoque pas les réfugiés mais des réfugiés distincts, identifiés. Ses portraits extrêmement précis et attentifs nécessitent une proximité vécue avec ses modèles et, préalablement, une parole et un langage partagés. Le même souci d’exactitude, entendu ici comme exigence de dignité, l’incite à accompagner ses images du récit circonstancié de l’itinéraire et surtout de l’histoire de celui ou celle qu’il nous donne à voir et à connaître : “Vous, vous voyez ces portraits ; moi, j’entends les voix. Les textes sont aussi importants que la photo. Il en va de ma responsabilité. ”
Publié pour la première fois en France, “«Un chameau pour le fils»” emprunte son titre au témoignage d’une réfugiée évoquant le sort que la tradition réserve encore aux jeunes filles de la fratrie en les excluant de tout présent ou héritage.

On sait qu’en 1990 des Somaliens fuyaient leur pays, chassés par la guerre civile et la famine, pour se réfugier au Kenya.
On sait qu’ils étaient victimes d’horribles exactions. Violences, vols, viols collectifs, tortures, meurtres.

Depuis 1992, Fazal Sheikh s’intéresse au sort de ces laissés-pour-compte.

Au sort des femmes, surtout. Il les a photographiées, sans indécence, sans esprit racoleur, pour livrer leurs portraits, nobles et beaux. Chacune témoigne de l’atrocité avec une sobriété bouleversante.
Avec humanité, avec respect, le photographe a su recueillir et donner à entendre leurs voix.

Ce reportage permet de mesurer ce drame, individuel et collectif, en lui faisant recouvrer une réalité concrète : Halima, Maryam, Farhida… Alors, en donnant un nom, un visage, une histoire à ces réfugiées, Fazal Sheikh les fait émerger de ce cauchemar, et rend à chacune de ces femmes, de ces mères, sa dignité d’être humain ; notices biographique et bibliographique, 73 photos en n.b.